E-pasto saison 2: encore plus performant pour un pastoralisme nouvelle génération
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A la veille du départ en transhumance sur les estives du Consulat de Foix la famille Lagarde équipe son troupeau de bovins de curieux petits boîtiers fixés sur les sonnailles.
Ces professionnels du gardiennage participent pour la seconde saison consécutive à l'expérimentation du dispositif e-pasto permettant de géo-localiser les cheptels en milieu difficile pendant plusieurs mois.
Ce dispositif embarqué original a vu le jour grâce à un projet européen* réunissant une douzaine de partenaires français et espagnols dont le principal objectif réside dans l’implantation de nouvelles technologies dans l’agriculture de montagne.
Des éleveurs mobilisés et tournés vers la modernité
Toutes générations confondues ils ont répondu favorablement à la sollicitation de la Fédération Pastorale qui en 2013 leur propose de participer à ce programme et de les accompagner dans cette expérimentation. Un an après, les sentiments sont mitigés mais tous ont décidé de poursuivre une année supplémentaire en espérant faire évoluer le dispositif.
Pour Henriette Viar, éleveuse de brebis à Vernajoul «l’an passé on a essayé avec un boitier, l’expérience n’a pas été très concluante mais cette année je vais les installer sur cinq animaux en espérant que ce sera mieux»
Thierry Rouch éleveur à Brassac n’a pas de soucis particuliers de gardiennage puisqu’il paye un berger sur son estive. Mais il convient que ce dispositif de suivi par géolocalisation lui permet d’aller directement jeter un coup d’œil sur son troupeau: «Le système est efficace et il rend d’énormes services pour savoir où sont les bêtes et aller directement sur site sans perdre de temps… cette année j’équipe des ovins et également six bovins»
Idem pour les éleveurs équins comme Christian Audoye qui monte ses Mérens sur l’estive de la Devèse: «En 2013 avant de monter j’ai installé une balise sur une jument meneuse et on pouvait la suivre sur ordinateur. On regardait sur l’écran où elle se situait et ça nous évitait de courir. Cette année il parait que le dispositif s’est amélioré, je vais équiper deux juments, je pose les colliers avec balises GPS une dizaine de jours avant de monter pour voir si c’est bien ajusté et pour qu’elles s’habituent… ce qui est bien c’est que l’on ne s’occupe de rien, il suffit de récupérer le matériel à la fédération pastorale, les relais sont déjà installés»
Chez les Lagarde, les pionniers, au Gaec du Château commune de Ganac , les avis sont partagés: «Certaines bêtes ont perdu leur équipement pendant leur séjour sur les estives, certains boitiers ne fonctionnaient pas et la géolocalisation se faisait à travers des techniciens basés à Toulouse. Pour nous la première expérience n’a pas été aboutie pour autant on repart cette année avec une dizaine d’émetteurs que nous allons placer aujourd’hui» précise Delphine, la fille d’Alain Lagarde qui avec sa sœur Fabienne ont repris l’exploitation familiale.
Cette année la jeune femme va assurer elle-même le gardiennage de son troupeau à la cabane du Prat d’Albis à 1300m d’altitude «Là-haut je n’ai pas d’ordinateur ni de tablette, mais nous sommes en pourparlers avec la Fédération Pastorale pour qu’elle nous dote d’une tablette»
Et ce vendredi c’est en famille et avec l’assistance des voisins qu’elle a installé les sonnailles autour du cou de ses bêtes. Elle ne choisit pas l’animal en fonction de son leadership, elle prend ce qui vient, en prenant soin de relever systématiquement le numéro de la boucle d’oreille de la bête et le numéro de la balise. «Nous allons avoir une estive à la pointe de la technologie» ajoute son père dans un sourire.
Une technologie d’avant-garde en perpétuelle évolutionCette année le nombre de ces petits boitiers est doublé (on passe de 30 a 60 colliers distribués) et ils sont nettement plus performant: «On assiste à une évolution au niveau des équipements, en terme de réseau et de boîtier», précise Thierry Marfing technicien de la Fédération Pastorale de l'Ariège en charge de ce dossier.
«Le département de l'Ariège a accueilli en 2013 sur les estives une expérimentation qui a permis de faire travailler des partenaires qui n'avaient pas l'habitude de travailler ensemble. Nous avons mis en place un certain nombre de colliers avec des éleveurs transhumants (bovins, équins, ovins) qui transhument sur le Consulat de Foix (le groupement pastoral du Prat d'Albis, le groupement pastoral de la Devèze et Picou-Bataille).
Ils ont accepté d'équiper une trentaine de dispositifs GPS adaptés à la problématique de la transhumance en milieu accidenté et avec un climat très variable d'un moment à l'autre de la journée. Ce dispositif a permis lors de la première expérimentation de géolocaliser les animaux toutes les heures, des phases de test ont eu lieu en terme d'interaction pour essayer de les guider et de les orienter sur ces espaces»
Après un dispositif performant qui a fait ses preuves lors de la première expérimentation, l'équipement électronique s'est encore amélioré, le boîtier s'est miniaturisé (pas de contrainte de poids, il pèse moins de 50 gr) et son autonomie a augmenté puisqu'elle dépasse les 160 jours, on a ajouté des antennes complémentaires sur les estives pour améliorer l'efficacité de la couverture permettant de suivre les animaux au jour le jour avec des données non plus toutes les heures mais tous les quart d'heure (presque à l’instant T).
L'expérimentation se déroule également en parallèle de l'autre côté des Pyrénées en Uskadi (Pays Basque Espagnol).
«Cela facilitera et améliorera les conditions de travail des bergers-vachers et des éleveurs pour localiser leurs animaux en période de mauvais temps. C'est surtout valable en particulier pour les ovins que les éleveurs pourront localiser à distance à travers leur PC ou pour les nouvelles générations leurs tablettes»
Du point de vue technologique, il s'agit aussi d'une collaboration franco-espagnole: l'Estia école d'ingénieur de Bidart a travaillé en collaboration avec l'entreprise Aguila au Pays Basque qui a réalisé l'assemblage micro-électronique. Enfin la transmission des données basse fréquence est véhiculée par un système conçu par See Fox, une Start-up toulousaine.
Un projet pilote de géolocalisation et de gestion des estives grandeur natureIl s’adresse à un pastoralisme extensif, à de gros cheptels en milieu difficile. Il s’agit ici de travailler avec près de deux mille bêtes (700 ovins, 50 équins, 1000 brebis) sur une estive de 4000 hectares avec une topographie accidentée.
Pour Thierry Marfaing, il ne s'agit pas de limiter le nombre de gardiens de troupeaux, de bergers/vachers professionnels en Ariège mais bien de leur faciliter le travail et d’améliorer la gestion des ressources des estives.
«Depuis 2007 nous avons doublé le nombre de postes de saisonniers sur les estives ariégeoises. Il s'agit de développer une gestion plus fine de ces estives et permettre de maintenir une ressource fourragère des espaces ouverts dont on a besoin pour que les estives s'inscrivent dans le prolongement direct des exploitations d'élevage en montagne»
* C'est dans le cadre du projet Agripir cofinancé par le FEDER ayant pour objectif la création d’un réseau coopératif et collaboratif entre partenaires français et espagnols, de contribuer au développement de la recherche au service de l’agriculture de montagne. (http://www.agripir.com)
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