Grève aux urgences du Chiva: le ras le bol du personnel paramédical
20/02/2013 | 19:08
© MidiNews 2013

Ambiance tendue dans les couloirs du service d’urgence du centre hospitalier du Val d’Ariège.

«On ne peut plus attendre et continuer à travailler comme ça» lance Isabelle Vigier, infirmière aux urgences.

Un rassemblement était programmé mercredi matin par l’intersyndicale FO/CGT devant l’entrée du service, rassemblement qui regroupait le personnel paramédical.

Huit box et des patients parfois en attente dans le couloir. «Cela peut aller jusqu’à cinq patients «stockés» dans les couloirs et jusqu’à 5h d’attente pour être vu par l’équipe médicale. On fait ce qu’on peut mais cela fait 30 ans que je constate cette évolution hospitalière magnifique» évoque mi-amère, mi-ironique, Marie-José Maestre, aide-soignante.

«Se rajoutent à ces soucis de vraies questions de maltraitance. Faute de moyens, on est obligé de mal recevoir. Humainement parlant, c’est très difficile et manifestement on ne peut pas bien travailler par rapport à la déontologie de notre profession» analyse Isabelle Vigier.

Les soignantes évoquent avec gravité le cas d’une personne âgée décédée seule sur un brancard dans les couloirs des urgences. Des cas graves qui causent une vive émotion dans le service.

«Les urgences sont fatiguées et agonisent tout comme d’autres services. De la même façon, le bloc opératoire est en difficulté aussi et une grève s’y trame» explique Marie-Odile Soula, secrétaire FO santé.

Une syndicaliste qui s’est montrée ferme et résolue devant le directeur de l’hôpital André-Gwénaël Pors lui promettant une grève générale si aucune revendication n’était entendue.

Les demandes du personnel: un poste infirmier de nuit afin d’assurer la mission d’accueil et d’orientation sur 24h, un poste d’aide-soignant sur 12h en journée afin d’assurer le binôme avec l’infirmière précitée, l’intervention de l’équipe de brancardage au niveau du service de l’UHCD (Unité d'Hospitalisation de Courte Durée) et les modifications d’horaires de l’intervention de l’équipe ASH de ménage.

Le directeur: «je constate qu’ici, on n’a pas envie de changer»
En 10 ans, le nombre de passages par les urgences du Chiva a doublé passant de 15 000 à 30 000 et ce à effectif constant. Le déficit lui aussi s’est creusé portant son montant actuel à 3 millions d’euros. Une situation qui ne laisse que peu de marges de manœuvre au directeur de l’hôpital.

Celui-ci a reçu et écouté les doléances du personnel en grève dans un débat musclé et parfois virulent. «J’entends vos revendications, je les comprends mais je ne peux pas y répondre.

Je commence à connaître cet hôpital et je constate qu’ici on n'a pas envie de changer. Plus d’effectifs ne changera rien à l’organisation qui n’est pas bonne en l’état.

Je ne suis pas que dans mon bureau, je me rends dans les services et je constate par rapport à d’autres hôpitaux que nous avons de bonnes conditions de travail
» s’est expliqué André-Gwénaël Pors.

Des propos qui ont fait bondir infirmières et aides-soignantes. «Aux urgences, on doit éponger les défaillances du système en amont. Et on ne veut plus supporter la responsabilité de ces défaillances. Le tableau on ne le noircit pas» s’est exprimée une infirmière.

«On est tous épuisés. Les arrêts de travail sont de plus en plus fréquents et on ne peut plus supporter cette situation qui nous confronte aussi à l’agressivité des gens. On ne demande pas le luxe, simplement de faire notre métier correctement» insiste une autre.

Réponse du directeur: «le service d’urgence est inadapté depuis le départ et nous ne sommes tout de même pas dans des situations catastrophiques. Il faut trouver une solution progressive et ce n’est pas sous la pression qu’on la trouvera» appuie-t-il.

Aux urgences, le mécontentement est donc profond et le personnel déterminé à poursuivre son action afin d’être entendu.

Un chiffre qui laisse assez songeur est à mettre au crédit du directeur qui a souhaité rappeler que 35% des Ariégeois décident volontairement de ne pas se soigner dans le département et préfèrent aller jusqu’à Toulouse.

La grève illimitée lancée aujourd’hui n’aura pas d’impact sur le traitement des patients ayant recours au service d’urgence. Le personnel est réquisitionné afin de préserver la continuité du service public.

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Fontanet | publié le: 20/02/2013 | 19:08 | Lu: 23945 fois