«On communique davantage car on sent qu’il faut bouger. Si on ne le fait pas on est mort»
La formule est lapidaire, mais elle résume toutes les inquiétudes d’une profession qui se sent menacée à plus d’un titre. L’Ariège, rurale, est en première ligne.
Vers une annus horribilis pour la biologie médicale française
C’est dans leur laboratoire d’analyse médicale, qui emploie une vingtaine de personnes en plein cœur de Saint-Girons, que Christian Clavel et Eric Barrau exposent leurs inquiétudes.
Ayant des fonctions au sein de LABAC, le réseau national de Laboratoires de Biologie Médicale Accrédités, tous deux estiment s’exprimer au nom de tous leurs confrères ariégeois, soumis aux mêmes menaces.
«Tout est parti d’une directive européenne portant sur la traçabilité des actes appliqués dans les laboratoires d’analyse médicale, sauf qu’en France on s’est emballé et on en a rajouté une couche supplémentaire»
En 2010 après maintes années de négociations, l’ordonnance Ballereau impose de nouvelles normes de qualité sur la traçabilité, répondant aux normes ISO EN1589, pour un meilleur contrôle des actes de biologie avant, pendant et après l’analyse.
Un sésame pour l’exercice de l’activité délivré par un organisme d’accréditation national: le COFRAC.
«Pour l’exemple, nous avons démarré nos démarches de qualification en 2002 et avons obtenu l’accréditation en 2011. Il nous a fallu 9 ans, à raison de près de 150.000 euros d’investissements par an (il faut savoir que bien des machines sophistiquées et onéreuses, dites automates, effectuent la plupart des analyses, une fois les prélèvements effectués)»
Or, la loi impose à tous les cabinets d’obtenir leur accréditation d’ici à la fin de l’année 2013. «Il semble que l’on puisse obtenir une dérogation avec un report d’ici à la fin 2014»
Or, sur les 7 labos que compte l’Ariège, deux seulement sont accrédités.
Parallèlement, il est envisagé d’ici le mois de juillet 2013, une nouvelle baisse des tarifs conventionnels de l’ordre de 35%, pour alléger les dépenses de remboursement en matière de santé et diminuer les déficits.
«Certains tarifs ont été divisés par 4 en 10 ans. On nous demande de tendre vers l’excellence au travers de démarches qualité sur l’ensemble du processus d’analyse, mais parallèlement on nous rémunère à un coût qui ne correspond plus à cette excellence» s’insurgent MM. Barrau et Clavel.
Aussi, apparaît un autre phénomène que tous deux trouvent encore plus inquiétant et constaté au niveau national: «le rachat par des groupes financiers, fonds de pension et autres, des petits laboratoires indépendant conduits à vendre hâtivement leurs labos devant les menaces évoquées précédemment. Deux l’ont déjà été en Ariège»
Si bien que pour optimiser la productivité et réduire les frais de personnels, apparaissent de grands centres de prélèvement qui organisent des tournées de ramassage dans les contrées ariégeoises.
Des revendications pour la valorisation des labos de proximité
«60 à 70% des erreurs d’analyses sont commises en pré-analytique, précise Christian Clavel. Cela commence du lit du malade, jusqu’à l’ordonnance du médecin et le prélèvement. Il faut maîtriser la qualité de la chaîne d’analyse de A à Z»
Or, devant ces labos qui deviennent de simples centre de prélèvement non assujettis à la certification, c’est bien le problème de la qualité du soin et de l’analyse qui est posé.
Par ailleurs, précise Eric Barrau, «dans notre labo par exemple nous avons le savoir-faire et l’accréditation pour traiter 96% des analyses qui nous sont demandées. 75% des besoins en analyse sont effectués par des labos tels que le nôtre, le reste part sur les labos spécialisés du CHU, par exemple»
Aussi, tous deux mettent en avant le rôle crucial des petits laboratoires indépendants de proximité «au cœur du système de soin local», qui jouent un rôle fondamental comme interface entre l’ensemble du corps médical, le médecin traitant et le patient, sans oublier la dimension humaine voire l’impact social et économique.
«Nous sommes un maillon de la relation humaine et capables de réactivité»
Ils dénoncent également le double langage de l’ARS ou de la direction générale de la santé notamment, puisque des patients sont obligés de faire certaines analyses au CHU de Toulouse ce qui se double de coûts de transports (et de remboursements) exorbitants tandis que ces mêmes organismes s’inquiètent du dérapage de ces postes de dépenses.
Aussi à l’image des revendications de LABAC, les deux biologistes-médicaux se mobilisent et revendiquent une meilleure valorisation des actes provenant des laboratoires accrédités, qui corresponde aux investissements réalisés.
«On ne fait plus la différence entre un laboratoire classique et une usine à prélèvement qui ne fournit aucun service et pour lesquels il vaut mieux ne pas rater l’horaire de ramassage si on veut des résultats rapides ou tout simplement s’assurer de la bonne maîtrise de la chaîne qualité.
Il faut que les règles soient les mêmes pour tout le monde. S’il y a une 7ème baisse effective comme annoncé on ne pourra plus suivre» disent-ils en chœur, «c’est la casse des petits laboratoires de proximité»
Au-delà, tous deux dénoncent ce qu’ils considèrent être «l’organisation de déserts médicaux partout y compris pour la pratique de l’analyse biologique médicale. On fragilise les petites structures comme les nôtres qui ont besoin de plus de lisibilité et visibilité sur leur devenir à plus forte raison en milieu rural où nous avons une vraie mission de permanence de soins biologiques»
Eux qui disent craindre la disparition des vrais laboratoires ariégeois au profit d’une grosse unité toulousaine. Une situation qui se double de la «perte d’un véritable savoir-faire et de compétences locales»
Et, tous deux de confirmer l’intention de la profession de sensibiliser les décideurs à commencer par les politiques et en particulier le sénateur et le député de l’Ariège.
Justine, enfant du pays, revenue au terme de ses études (BAC+3) est aujourd’hui en contrat de professionnalisation, sans que les dirigeants du labo, toujours dans l’expectative, ne soient en mesure de lui assurer un contrat définitif.
Quant à Yvan, l’interne à qui il reste encore deux années d’études, il est plus direct: «c’est l’ensemble des internes de cette pratique qui s’inquiètent des évolutions en cours et de leurs choix de carrière. On ne fait pas tant d’années d’études juste pour collecter des prélèvements»
Ils ne sont pas les seuls. Dernièrement, l’observatoire des professions libérales faisait état des craintes des professionnels de la biologie médicale face à cette «financiarisation et leur perte d’indépendance», jugées inquiétantes pour l’offre de soins.
A tel point que seulement 20% des personnes interrogées recommanderaient leur profession aux jeunes qui arrivent. Le désert est en marche.
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