Profitant du Salon du Livre de Paris, la ministre de la culture Aurélie Filippetti a annoncé ce lundi un plan d’aide aux libraires indépendants de 9 M€ et la prochaine nomination d’un médiateur du Livre.
Une telle annonce est motivée par le mal-être de la profession. Mais si la ministre évoque «un taux de marge le plus faible des commerces de proximité», elle oublie de préciser que les difficultés sont essentiellement liées à la concurrence du géant de la vente en ligne Amazon.
Que ce soit à Foix, Lavelanet, Mirepoix ou Saint-Girons, les professionnels dénoncent un combat de David contre Goliath
Pascal Surre est à la tête de la librairie éponyme, un fonds de commerce racheté en 1970. Depuis plusieurs années il assiste à une nette érosion de la lecture.
Selon lui, les Français, et par voie de conséquence les Ariégeois, lisent moins et différemment, en tout cas sur d’autres supports (tablettes, ordinateurs). «La profession rencontre de réelles difficultés depuis une vingtaine d’années avec l’arrivée de géants de la vente en ligne comme Amazon.
Bien trop de gens ignorent qu’il s’agit d’une concurrence déloyale car Amazon ne paie pas d’impôts en France. Le siège est au Luxembourg et les filiales des différents pays ne déclarent pas le chiffre de vente mais des services rendus à leur maison mère pour échapper au fisc*.
Payant moins d’impôts il leur est plus facile de réaliser d’importants investissements et d’ouvrir des plateformes avec des chaînes logistiques importantes. Ayant davantage de stock dans ces énormes entrepôts, ils répondent plus rapidement à la demande du lecteur-internaute…. ce ne sont plus des libraires mais des revendeurs de livres, de produits standards.
Les prix que l’on pratique dans nos boutiques sont identiques mais les clients doivent accepter les délais, on n’a pas les moyens du géant américain de la vente en ligne. Par contre on a davantage de conseil et de ressenti. Nous employons pour cela des gens compétents»
Le moyen de lutter contre le leader de la vente en ligne: le service en plus, le conseil, la proximité
Chez les libraires indépendants, on travaille sur le fonds, il est important d’avoir les ouvrages que l’on ne trouve pas en supermarché.
Car là aussi on assiste à un nouveau type de consommation, la globalisation des achats: quand on va faire ses courses, on en profite pour acheter le dernier roman à la mode.
«Nous avons la chance d’avoir le réseau de librairies le plus important du monde grâce à la loi Lang, mais la librairie française n’a pas beaucoup de moyens, c’est un commerce règlementé avec une rentabilité très faible (elle est passée à -2%)» poursuit le libraire fuxéen.
Pour apporter un supplément d’âme, les libraires ariégeois se sont eux aussi mis au diapason en organisant des séances de dédicaces, des rencontres avec les auteurs mais est-ce suffisant? «Ils vendent davantage de livres en galeries marchandes que lors d’une séance de dédicaces chez nous»
Si les habitudes d’achat ont changé, de nouveaux usages sont apparus avec le livre numérique. La marque à la Pomme développe ses propres produits, Amazon a également ses propres liseuses et organise à son échelle un marché captif. La bataille du livre numérique a débuté en France et les éditeurs ont déjà mis en garde contre le risque d’hégémonie du géant de la vente en ligne.
«De notre côté, pour mettre en place des livres électroniques il faut développer un site internet marchand, c’est un coût supplémentaire pour les petits détaillants, sachant par ailleurs qu’ils n’auront pas accès à tout… c’est une bataille de titans pour les petits libraires […] Quant aux groupements de libraires, il faut être de très gros groupes comme la Fnac ou Cultura pour améliorer les marges»
L’avenir de la librairie indépendante n’est pas rose
Selon Pascal Surre, «seuls ceux qui auront des fonds propres, de la trésorerie, arriveront à s’en sortir, en attendant il faut faire le gros dos en cette période»
Quant aux jeunes libraires qui s’installent, «ils vont souffrir car cette activité n’est pas rémunératrice… les marges des vêtements sont plus importantes que celles dégagées sur les livres… il faut être passionné, travailler seul sur une petite structure et encore, on n’arrive pas à avoir un SMIC»
Concernant l’annonce du plan de soutien aux libraires indépendants, le libraire de la cité comtale attend pour voir: «toute aide sera la bienvenue»
*Selon nos confrères de BFM TV en 2011, Amazon a réalisé dans l'Hexagone un chiffre d'affaires de 889 millions d'euros, mais n'en a déclaré au fisc que 100 millions. Explication: les filiales françaises n'assurent pas la vente des produits, mais n'ont officiellement qu'une fonction de support marketing ou logistique. Le géant américain de la vente en ligne vient de perdre son procès contre le fisc français et se voit notifier un redressement à hauteur de près de 200 millions d'euros.
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