L'Agneau des Pyrénées, en route vers l'IGP
Depuis une vingtaine d’années, l’élevage ovin de montagne traverse une crise, l’agneau se vend mal, il est concurrencé par les exportations (sur 10 agneaux consommés, 4 seulement sont produits en France), de nombreux éleveurs n’arrivent plus à vivre de leur travail sur leurs exploitations.
Pour sortir de la crise, certains producteurs du piémont Pyrénéen ont décidé de s’organiser en filière et travailler sur la qualité afin de valoriser leurs élevages et s’assurer une rémunération et un débouché régulier à l’année.
José Barbosa, éleveur ovin à Lordat et président de la commission ovine des Pyrénes Centrales (la Copyc), porte depuis deux ans ce dossier de demande d’IGP (identification géographique protégé) pour l’agneau des Pyrénées:
Cette organisation en filière permet à chaque éleveur de bénéficier d’un appui technique complet en partenariat avec la Chambre d’Agriculture de l’Ariège, notamment pour la réalisation du cahier des charges.
«Cette action est importante pour la production ovine sur le massif, explique Emmanuel Trocmé, technicien à la CA09, le but étant d’augmenter le prix de vente des agneaux pour une reconnaissance du travail des éleveurs sur la zone du massif des Pyrénées.
L’agneau des Pyrénées est ciblé dans le cadre de l’étude scientifique que mène actuellement l’association des Chambres d’Agriculture des Pyrénées (une étude en faveur du développement du pastoralisme après 2013); cette démarche d’obtention d’IGP pour les éleveurs ariégeois est une opportunité»
Une démarche longue et difficile dans les dédales de l’administration européenne mais qui grâce à un cahier des charges pointu permet de mettre en avant la notoriété d’un territoire, les Pyrénées, ses races locales (six au total avec une forte proportion de tarasconnaises mais aussi les lourdaises, castillonnaises, Aure&Campan, barrègeoises, Montagne Noire) et un type de produit, l’agneau, qui pèse entre 14 et 20kg, passe 2 mois sous la mère avant d’être nourri exclusivement avec des végétaux sans OGM.
«C’est une viande rosée, tendre et savoureuses, ajoute José Barboza.
Nous profitons de la notoriété des Pyrénées mais également de l’image de la biodiversité, du développement durable et de la sauvegarde des races locales […]
Mais un des inconvénients de cette production c’est sa saisonnalité car les brebis passent 3 à 4 mois en estive, c’est une image valorisante mais cela peut poser un souci au niveau de la commercialisation car on ne peut le vendre que sur des périodes précises, il est commercialisé de décembre à juillet […] c’est aussi cela le gage de sa qualité»
L’an passé lors de la première année de commercialisation de la marque «Agneau des Pyrénées» (déposée en vue du futur IGP), 4000 agneaux ont été commercialisés, 8000 cette année et lors de la prochaine campagne le président de la Copyg table sur 10 à 12 000 bêtes.
«130 éleveurs sur trois départements (09, 31, 11 et 65) se sont déjà engagés sur des volumes […]
La démarche est longue et difficile, nous sommes constamment en relation avec le ministère de l’Agriculture, le bureau des IGP de Bruxelles et l’institut national des appellations d’origine (INAO) pour travailler en cohérence et faire aboutir ce dossier et avoir cet agrément européen […]
La démarche est complexe mais c’est l’intérêt des producteurs de relever un tel défi»
Aujourd’hui, deux structures commerciales sont engagées dans la démarche: une coopérative, Terre Ovine et une association d’éleveurs, l’Adelpy (association d'éleveurs des Hautes Pyrénées) qui se chargent de la collecte et la commercialisation des agneaux.
«Nous avons un seul et unique point d’abattage à Saint Gaudens, aux portes de l’autoroute, à mi-chemin des extrémités de la chaine des Pyrénées, explique Francis Souverville, directeur commercial de Terre Ovine.
Les agneaux sont produits sur la chaine (massif et le piémont) par des éleveurs transhumants, cela fait partie de la tradition pastorale.
Nous nous appuyons sur un seul opérateur, la coopérative Arcadie Sud Ouest qui commercialise les animaux sur une dizaine de points de ventes, GMS et boucheries traditionnelles»
Selon lui, pour pérenniser cette activité, il ne faut pas multiplier les opérateurs car ils risquent de rentrer en concurrence au détriment des intérêts des éleveurs.
Patrick Ferrié est éleveur ovin depuis 1985 quand il a repris l’exploitation de ses grands parents sur la commune de Nalzen.
Actuellement son troupeau est composé de 420 mères qui après avoir passé l’été au Soulcem en haute Ariège sont de retour à la bergerie au pied du château cathare de Roquefixade.
Déjà dans la production de l’agneau Label Rouge, notre éleveur du Pays d’Olmes a tout de suite été séduit par la marque «Agneau des Pyrénées» qui selon lui apporte une plus value à sa production.
«Ce qui me plait dans cette démarche c’est que l’on s’adresse à des races rustiques issues d’une zone bien déterminée, ce sont des troupeaux transhumants […]
On est vraiment dans un système qui valorise nos produits, j’espère que ce projet d’IGP trouvera une issue favorable car à la clé nous espérons tirer un bon prix de nos bêtes.
Il faut avouer que la commercialisation des agneaux n’est pas chose aisée de nos jours surtout quand on n’est pas dans du rendement carcasse mais au contraire dans la qualité»
Ce dispositif présente en effet bien des avantages: un prix assuré sur une période donnée, un débouché régulier sur l'année et un écoulement local qui contribue à faire connaitre et à valoriser les races pyrénéennes.
La seule crainte de Patrick Ferrié c’est de voir chaque département tirer à hue et à dia sur un dossier qui doit être consensuel pour aboutir à l’IGP: «il ne faut pas jouer personnel, au contraire il faut tous aller dans le même sens, c’est notre intérêt»
Pour en savoir plus: http://www.agneaudespyrenees.com
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