Sainte-Croix Volvestre: au nom du sapin

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C’est aux conclusions d’une véritable enquête qu’ont été conviés élus et habitants de Sainte-Croix Volvestre lundi dernier.

Une enquête aux frontières de l’histoire et de la science qui n’aurait pas déplu au célèbre moine franciscain et son jeune novice issus d’un roman tout aussi célèbre.

Puisque de fil en aiguilles… de sapins, l’étude sur la Forêt de Sainte-Croix Volvestre nous fait remonter le temps jusqu’aux religieuses de Clarisse à l’époque où les sœurs de cet ordre, du monastère tout proche (en ruine aujourd’hui), gérait la forêt.

«Et encore, précise Jean-Paul Métailié, différentes études montrent que même si la forêt a probablement été reformée du temps de Colbert, les différentes datations au carbone 14 doublées d’études de pollen fossilisé démontrent que cette forêt est probablement là depuis toujours»

Un vrai mystère donc, que l’apparition de cette forêt «en plaine» compliqué par le dépérissement constaté des essences de sapins ces dernières années.

Sous la houlette du PNR des Pyrénées ariégeoises, en la personne d’Elodie Roulier, plusieurs institutions ont donc mené l’enquête autour de cette bien étrange forêt et réussi à lever pour partie le mystère.

Des scientifiques de l’INRA, du CNRS, de l’ONF, associés à l’Institut pour le Développement Forestier (parmi la dizaine d’organismes scientifiques et forestiers impliqués), ont, durant trois années, sillonné, creusé, étudié la Forêt.

La quasi-totalité des sapinières pyrénéennes sont situées en montagne, c'est-à-dire entre 900 et 1700 mètres.

La forêt Royale, devenue pour partie domaniale dans les années 1970, d’une superficie de 103 ha, se situe elle à 300 mètres d’altitude.

D’ailleurs, la flore présente dans la sapinière de Sainte-Croix reflète bien ces conditions particulières: elle ne correspond pas à l’étage montagnard mais bien à l’étage collinéen.

D’ou la question: est-elle naturelle? Question à laquelle peut désormais répondre sans ambages l’un des scientifiques, Gilles Coriol du Conservatoire Botanique National des Pyrénées: «c’est une forêt totalement naturelle, qui a poussé sans avoir été plantée»

Des propos que confirment Jean-Paul Métailié, (géographe du CNRS, spécialiste en paléo-écologie) qui apporte également des précisions sur sa nature: «la sapinière du Volvestre appartient clairement à la population des sapinières de la partie orientale de la chaîne par opposition à celles répondant des caractéristiques de la partie occidentale. Une sapinière de piémont intéressante sur le plan biologique»

Ils s’avère en effet que la plupart des sapins sont en train de se refaire une santé, les analyses montrent que le patrimoine génétique de la sapinière du Volvestre est assez riche; les jeunes sapins pectinés nés des graines des adultes sont nombreux et vigoureux, ce qui est de bon augure pour l’avenir de la forêt comme de ses différentes utilisations.

Si l’on en sait plus aujourd’hui sur cet étrange éco-système, «le mystère reste entier» pour Mme Musch du Conservatoire Génétique Arbres Forestiers de l’ONF basé à Orléans et associé à l'INRA d'Avignon.

«Tout au moins pour ce qui est de la biodiversité intra-spécifique (à l’intérieur d’une même espèce)»

Des études plus poussées devraient en dire plus long sur les qualités génétiques et la biodiversité propre à ce milieu.

Car la question de leur devenir reste posée face aux changements climatiques et le réchauffement annoncé tout d’abord et l’impact humain avec le développement urbain de l’autre.

D’où des prélèvements conservatoires réalisés pour garder copie des «traces génétiques de l’espèce»

On touche ici à la biologie moléculaire pour tenter de comprendre via l’ADN pourquoi cette forêt a pu pousser ici et comment elle a réussi le tour de force de s’adapter à son milieu.

Une enquête passionnante à laquelle tout un chacun pourra s’initier au gré des différentes boucles de sentiers de randonnées qui traversent la forêt royale de Sainte-Croix Volvestre et qui jouent habilement de tous ces mystères à… parcourir comme un roman.

Py.M | 11/12/2012 - 18:46 | Lu: 23639 fois