Le département de l'Ariège dans le collimateur du rapport Grall: deux services d'urgence seraient menacés

© midinews (archives)

La nouvelle est tombée cet été.

Selon le rapport de Jean-Yves Grall, directeur de l’ARS du Nord-Pas-de-Calais remis à la ministre Marisol Touraine en juillet dernier et publié par nos confrères du Figaro, 67 services d’urgence sur 650 seraient menacés de disparaitre pour cause essentielle de rentabilité.

Le document préconise leur transformation en «centre de soins non programmés» autant dire des centres de consultation médicale sans urgentistes et sans rendez-vous.

Car si certains centres d’urgences sont saturés, 67 d’entre eux connaissent une affluence inférieure au seuil de référence des 10 000 patients par an (soit 1,1 patient par heure). Le rapport estime qu’il faut éviter la présence inutile de médecins urgentistes lors de périodes de faible activité ou sur des structures à faible activité globale.

Même si la ministre de la Santé hésite encore sur les suites à donner au rapport Grall, il n’en demeure pas moins que le spectre des fermetures des services d’urgence plane à nouveau sur le département de l’Ariège où deux structures sont concernées par le document: les urgences du CHAC (centre hospitalier d’Ariège Couserans) à Saint Girons et celles du CHPO (centre hospitalier du Pays d’Olmes) à Lavelanet.
Un message très anxiogène qui ne nous concerne pas
Les services urgences seraient menacés en Ariège: «un message très anxiogène qui ne nous concerne pas» selon Jean-Philippe Sajus, directeur du centre hospitalier Ariège Couserans qui revient sur les arguments avancés dans ce rapport.

«Ce document s’appuie sur des chiffres de 2013. En effet, cette année-là, le service avait accueilli moins de 10 000 patients.

En 2014, nous avons dépassé ce chiffre, et en 2015, les 10 000 passages seront largement atteints
».

D’autre part, le rapport souligne un manque de personnel qualifié dans certains services. À Saint-Girons, ce n’est pas le cas. «Les effectifs sont au complet, affirme Jean-Philippe Sajus.

Tous les gages sont là pour assurer la sécurité et la prise en charge des patients». Le directeur du Chac dénonce «un message anxiogène. Il n’y a aucune menace de fermeture du service des urgences à Saint-Girons !»
Deux services d’urgences menacés dans le département ?
Contrairement à la tendance développée par ce document, les trois services d’urgence du département (CHAC, CHIVA et CHPO) ont enregistré en 2014 une hausse de +5 % avec 47 000 patients (alors que la tendance pour Midi-Pyrénées n’est de +4 %).

«Nous sommes dans une dynamique d’activité à la hausse» analyse Michel Thiriet, directeur du Centre Hospitalier intercommunal du Val d’Ariège (CHIVA), également gestionnaire du CHPO.

«Nous enregistrons une progression sur les trois services avec pour notre seul établissement une augmentation des passages de 5 à 13 % par rapport à 2013. Ce n’est donc pas de tendance baissière par rapport à l’activité des urgences».

La fréquentation est répartie ainsi: 10 200 passages au CHAC, 31 000 au CHIVA et 5 500 au CHPO. Rappelons que le service du CHIVA a entrepris depuis quelques mois d’importants travaux d’agrandissement (+ de 3 M€) lui permettant d’accueillir 45 000 patients à l’horizon 2020.

Le directeur de l’établissement du Val d’Ariège note que l’attractivité des services ariégeois est plus que satisfaisante, car l’ensemble des postes sont pourvus par des médecins urgentistes qualifiés.

«Nous travaillons en équipe entre le CHPO et le CHIVA et les interventions des médecins urgentistes sont variées: ils font du SMUR, du secours en montagne, de la régulation et de l’accueil au sein du service des urgences… nous sommes dans une dynamique qui nous permet de varier les interventions et de mutualiser les moyens».
Création d’une fédération départementale des urgences hospitalières
Ce principe fonctionne tellement bien qu’une convention va être signée le 10 septembre prochain pour l’étendre au service des urgences du CHAC : «avec la signature de cette convention, nous mettons en place la fédération départementale des urgences hospitalières afin d’élargir la mobilité d’exercice de la médecine d’urgence à tout le département et travailler en équipe territoriale.

Notre réflexion s’est appuyée sur l’évolution des activités, l’effectif médical qualifié dont nous disposons dans nos services (on peut parler ici d’attractivité médicale) et la prise en charge des patients…

Il n’y a donc pas en Ariège d’indicateur défavorable qui remettrait en cause l’existence de ces services
».

La dynamique est lancée ou le sera d’ici quelques jours et elle s’appliquera désormais à tous les services d’urgence du département.

Michel Thiriet précise au demeurant qu’il s’en tient au schéma régional de l’offre de soins (le SROS) qu’il décline sur les trois services de médecine d’urgence: «il n’y a pas de raison de penser aujourd’hui que le mode d’organisation des services d’urgence sur le département soit modifié… c’est un travail plus collectif visant à mutualiser les moyens.

Encore une fois, à mon sens on ne peut pas transposer les conclusions de ce rapport à l’Ariège
».

 

Communiqué de Marisol TOURAINE sur la politique gouvernementale vis-à-vis des services d’urgence

Marisol TOURAINE, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, tient à préciser dans un communiqué qu’il n’existe aucune liste de services d’urgences menacés de fermeture. Au contraire, le gouvernement renforce, depuis 2012, le service public des urgences, conformément à la promesse du Président de la République lui-même de garantir à chaque Français un accès aux soins urgents en moins de trente minutes.

La liste mentionnée par Le Figaro n’émane en aucun cas du ministère chargé de la Santé. Elle ne figure pas davantage dans le rapport remis par Jean-Yves GRALL, directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) de Nord-Pas-de-Calais, à Marisol TOURAINE, le 22 juillet dernier et consultable depuis cette date sur les sites Internet du ministère.

Laurence Cabrol | 03/09/2015 - 20:26 | Lu: 32754 fois