Saint-Girons: 40 ans après le vol de 218 kg de dynamite, Pierre L. dévoile les faits et raconte

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Le 11 septembre 1975, 218 kg de dynamite étaient volés dans un entrepôt à Saint-Girons.
Jamais résolu par la gendarmerie, ce fait-divers trouve aujourd’hui son épilogue grâce au témoignage de Pierre, l’un des auteurs du vol qui s’est décidé pour un «coming-out bien modeste».
Dans leur édition du 12 septembre 1975, nos confrères de la Dépêche titraient : «Saint-Girons, 218 kg de dynamite disparaissent». L’article relatait le vol commis au dépôt Nobel P. r. b explosifs, avenue de la Résistance à Saint-Girons.
Quanrante ans après les faits, Pierre L. à écrit à notre rédaction. Il retrace pour nous le vol de la dynamite, ses motivations et se penche sur les années 1970. «Inutile de préciser que tout ce que je dévoile, tant dans le récit de cette nuit ariégeoise que dans l’évocation des années 70, est rigoureusement exact» indique Pierre L.
«Travestir la vérité n’aurait aucun intérêt, il y a des écrivains talentueux pour ça. Bien sûr mes souvenirs peuvent me trahir sur certains détails. Au-delà des faits, je me suis aussi efforcé de traduire mes pensées de l’époque en évitant tout anachronisme».
Le vol des 220 kg de dynamite
«Ce soir-là, nous ne sommes pas armés. Pas besoin. Trop dangereux. Vol de nuit avec port d’arme, ça vaut encore la peine de mort. Plus jamais donnée bien sûr.
Mais quand même. Alors les armes, c’est seulement pour braquer. Ce soir on ne braque pas. On cherche, on trouve, on prend». Avec son copain Fred, Pierre arrive à Saint-Girons en milieu d’après-midi.
Les deux complices avaient prévu de «trouver un autre véhicule sur place. Pour transporter la marchandise». Vol d’un véhicule, planque devant le dépôt, repérage des lieux…
«Nous avons fait une heure de surveillance. Fred au bord du Salat, en contrebas. L’antenne de son talkie déployée, comme s’il pêchait. Moi un peu plus loin dans ma voiture.
Nous espérions suivre une livraison qui nous aurait menés à une carrière. Mais rien n’a bougé. On n’a pas pu se maintenir. Fallait se replier. Il y a un chien dans l’enceinte. Nous sommes allés dans une boucherie de la rue Villefranche pour acheter de la viande. On improvisera sur place».
Pas de problème ce soir là, les gens sont devant leur télé, au programme, Salvator et les mohicans de Paris sur TF1. Le mystère Frontenac sur Antenne 2. Le bel Antonio avec Mastroianni sur FR3. «Dommage, j’aurais bien regardé le Mauriac» glisse Pierre.
Vers minuit les deux compères laissent la Citroën de Pierre à quelques centaines de mètres de la papeterie où ils ont décidé de voler une voiture. «Nous approchons du parking. Il y a quelques autos rangées le long du bâtiment. Bingo ! Nous n’aurons même pas besoin de sortir les outils. Il y a une Peugeot prête à partir. Trop facile !
Démarrage sans feux jusqu’à la route, deux minutes plus tard je reprends ma Citroen et nous regagnons St Girons en convoi. Le cinéma a éteint ses lumières. Il est désert. On y donnait un James Bond, Opération Tonnerre».
Manque de bol, la Peugeot tombe en rade un peu plus loin, et voilà nos deux compères en train de pousser la voiture sur le bas-côté, inquiets de voir survenir l’estafette de la gendarmerie.
«Soudain nous apercevons une bicyclette, là sur la droite. Pourquoi pas ? Nous gagnerons du temps. On sera toujours à temps de la jeter à terre à la première alerte. Fred l’enlève sans bruit et l’enfourche tandis que je monte sur le porte-bagages. Elle est vieille, elle grince. Je ne peux m’empêcher de sourire de la situation. Fred ne rit pas, il mouline comme un forçat.
Bientôt nous avons avalé l’avenue Gallieni, puis la rue Villefranche jusqu’à la place menant au pont sur le Salat. Nous voilà dans la vieille ville. Nous abandonnons notre destrier contre le mur de l’église et sillonnons à pied le quartier des Jacobins, le quai du Gravier.
Soudain une Citroën nous parait possible. Elle n’est ni jeune ni grande. Mais à presque une heure du matin, on ne va pas faire les difficiles. Ces modèles démarrent avec un simple tournevis. Nous ne sommes pas longs à en trouver un.
Une chance, elle part au premier coup. Marche arrière, un ultime coup d’œil aux volets des étages, et nous voilà repartis». Du côté d’Eycheil, tout est calme. Bientôt la Citroën est garée non loin de la Peugeot abandonnée. Une centaine de mètres séparent les deux hommes de l’entrepôt.
«Un chien vient à nous en aboyant. Nous le redoutions. Pas ses morsures, mais ses aboiements. Les lieux sont gardés, nous le savons. Si le chien gueule trop longtemps, il donnera l’alerte. Nous nous replions un peu. L’animal est jeune, il ne montre pas les dents.
Nous décidons de tenter la méthode douce. Fred chuchote des amabilités tandis que je lui lance un bout de viande. Le corniaud se tait, interloqué, puis il se jette sur ce présent inattendu». Facilement maitrisé, le chien est caché un peu plus loin, tout occupé à se gaver de viande fraiche.
La voie est libre. «Apparemment rien n’a bougé. La lune a disparu et la place est très sombre. Nous visitons les lieux, mais ne trouvons pas l’entrée que nous imaginions. Par contre deux véhicules légers sont parqués, sans doute en attente de livraison. Nous nous attaquons au hayon de l’un d’eux.
La serrure ne nous résiste pas longtemps, nous avons du métier. Fred entrouvre les portes arrière, je braque le faisceau de ma torche vers l’intérieur. Bingo ! Des cartons. J’en ouvre un fébrilement. De la dynamite, beaucoup de dynamite. Des cordeaux détonants.
Nous faisons un rapide inventaire. Il ne manque que les détonateurs. Logique. Tant pis, nous n’aurons pas le temps de les chercher. D’ailleurs ils sont peut-être dans la maison gardée. Je sais où m’en procurer ailleurs. Mais il faudra les payer». Il ne reste plus qu’à embarquer la marchandise. Ce que font les deux voleurs.
«Nous nous limiterons au raisonnable. La Citroën n’est pas un camion, même pas une camionnette. Et il est hors de question d’en mettre dans la mienne. Nous avons toujours un véhicule ouvreur, sans jamais déroger à la règle. Trois allers-retours sont nécessaires, il y en a sans doute pas loin de 200 kg.
Heureusement rien ne bouge. Pas de lumière à l’entrepôt, pas d’estafette bleue, même pas un fêtard ou un ouvrier de JOB pour prendre la route. On a connu des aventures bien plus mouvementées. Seul problème, une fois chargée, coffre et banquette arrière, la Citroën n’en peut plus. Ses suspensions s’affaissent et elle lève le nez. Tant pis, pas le choix.
Nous montons à l’avant et refermons délicatement les portières. Heureusement, elle démarre au quart de tour. Je jette un dernier regard à la façade de l’entrepôt, toujours close. À présent je sais que nous avons réussi. Reste à traverser le sud-ouest en diagonale.
Ca ne me fait pas peur, la nuit campagnarde est mon royaume, elle m’a toujours sauvée. Nous éviterons au maximum les villes. Aujourd’hui c’est Fred qui a le mauvais rôle. Hier c’était moi, demain ce sera moi encore. Je reprends possession de ma Citroën près du pont de chemin de fer abandonné.
Saint Girons nous laisse passer, un frisson de satisfaction m’envahit. Adieu, belle endormie. J’ai vu le jour ici, rue Villefranche. J’ai fêté mes vingt-et-un ans il y a trois jours».
Des années de militantisme occitaniste
L’Ariègeois raconte ensuite ses motivations, les divers mouvements politiques fréquentés ou pas, les tensions politiques des années 70, l’ETA, le militantisme occitaniste ou l’Esquerra Republicana de Catalunya pour lequel «il a la plus grande admiration pour le projet politique».
Sur l’Occitanie, Pierre souligne: «nous voulions croire qu’elle avait autant de réalité que les six autres minorités nationales de l’hexagone. C’était évidemment une fiction.
D’ailleurs si certains d’entre nous soutenaient avec autant de conviction les autres combats périphériques, corse, basque ou breton, c’était pour pallier un peu le manque de consistance de notre propre nation. En exacerbant le nationalisme de nos voisins, nous pensions légitimer le nôtre.
Cette Occitanie il nous fallait l’inventer, en dépit des siècles d’oubli, en dépit de son hétérogénéité, avec ce handicap qu’elle n’avait jamais connu d’État ni même d’unité politique. Elle était dans nos cœurs, dans nos pensées, mais le terrain la refusait».
Pierre a quitté le PNO en 1977 «en même temps que mes espoirs dans l’émergence d’une Occitanie libre et unie. Pourtant le postulat selon lequel il n’y aurait pas de renaissance occitane sans projet politique m’a toujours paru pertinent.
La langue de mes aïeux ne connaîtrait jamais cette chance de regagner la rue, l’entreprise et le pouvoir qu’ont connu le basque et le catalan durant la même période.
Non pas parce qu’elle partait de trop loin pour concourir, non pas parce qu’elle était déjà trop éteinte, songeons au Gaélique si peu parlé en Irlande.
Mais parce que la petite bourgeoisie de son territoire, notamment intellectuelle, n’aspirait pas à une construction politique occitane. Dès lors les jeux étaient faits».
Qu’est devenu notre butin ?
«À sept heures du matin, nous faisions l’ouverture d’un café sur la place de Nérac (47), fatigués, mais vigilants.
À dix heures, les explosifs étaient à l’abri au cœur de la Grande Lande.
Finalement, un contretemps nous a empêchés de les utiliser à Toulouse comme prévu. À l’été suivant, mon compagnon ayant été arrêté et me trouvant moi-même en cavale, j’ai repris les 220 kg de dynamite, les cordons Bickford, je les ai chargés dans une voiture, traversé les Landes, la Gironde, la Dordogne et la Corrèze pour les entreposer dans le massif des Monédières.
Je peux affirmer avec certitude que leur usage n’a causé aucune victime humaine, ni mort ni blessé. Et j’en suis heureux»
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