Tribunal correctionnel de Foix: quand des coups portés avec serpette conduisent à la case prison

© midinews (archives)

En détention provisoire depuis le 25 novembre 2014 pour violences aggravées, Jean-Marie qui avait blessé, à coup de serpette, un ancien copain à Laroque-d’Olmes a été condamné mardi après-midi à 3 ans de prison, dont 18 mois de sursis assortis de mise à l’épreuve pendant 3 ans.

C’est l’histoire d’une bande de copains qui se disloque, d’une «personnalité un peu frustrée, d’un homme fortement dépendant des autres» selon le rapport psychiatrique.

D’un homme reconnu travailleur handicapé, sujet à de graves dépressions, un ancien barman qui vit chez sa mère à Lavelanet, une mère avec laquelle « la relation est fusionnelle ». C’est l’histoire d’un homme qui va, au cours de la soirée du 23 novembre 2014, asséné un coup de serpette à M., un ancien copain.

Ce dernier écopera d’une plaie à l’abdomen de 7 cm sur 3 ; « les photos sont impressionnantes », glisse Isabelle de Combettes de Caumon, présidente du tribunal, indiquant que la victime a été hospitalisée 48 h.

Mais remontons le temps. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps. L’été précédent, une petite bande de copains se constitue à la guinguette du lac de Montbel. Ils s’y retrouvent régulièrement. Mais le prévenu est finalement exclu du groupe, «suite à des problèmes».

L’alcool le rendant «difficile à vivre». Une déchirure pour le prévenu qui décide alors de diffuser des menaces sur un réseau social à l’encontre d’un des membres du groupe et menaces en visant d’autres. La rupture est consommée, Jean-Marie définitivement banni.

Ce soir du 24 novembre 2014, le prévenu doit aller assister à un match de rugby. Il a déjà bu plusieurs «jaunes» ; faute d’essence dans le réservoir, il s’arrête au bar à l’entrée de Laroque-d’Olmes. À l’intérieur, C., un autre membre du groupe.

Quand Jean-Marie survient, une 1re altercation éclate. M. qui boit un café est assis à l’écart «il ne voulait pas avoir à faire avec Jean-Marie». Le prévenu va le voir, le ton monte. M. donne un coup de boule à Jean-Marie qui tombe.

Le patron le relève et le met à la porte. Jean-Marie va chercher une lampe taser dans sa voiture et revient sur la terrasse du bar hurlant: «ça va te coûter cher! Ce soir tu seras au fond d’un trou de trois mètres».
Une scène digne du Far West, pour Me Baby avocat de M.
Fortement énervé, le prévenu se rend alors chez sa mère chercher une serpette rangée dans sa chambre et revient au bar (préméditation retenue par la justice).

«La voiture n’était pas encore garée, qu’il s’élançait vers la terrasse tenant à la main la serpette», raconte Me Frédéric Baby parlant d’une scène «digne du Far West».

Le patron du bar tente de s’interposer et reçoit un coup au genou de manche de serpette, ladite serpette mesurant 112 cm de long pour un manche de 72 cm. Jean-Marie s’élance alors vers M., qui a à peine le temps de reculer. La victime dit l’avoir «échappé belle».

La présidente rappelant que «le coup avait été porté avec force et par la partie tranchante». M. était pris en charge par les secours.

Quant Isabelle de Combette de Caumon l’interroge sur l’agression, sur sa préméditation, Jean-Marie explique «avoir eu peur du couteau porté à la ceinture par M., couteau dont il l’aurait menacé». Après avoir caché l’arme, le prévenu se rendait «chez un ami lui faire part de son désarroi».

Ce dernier lui conseille de se rendre aux gendarmes. Ce qu’il fera, les attendant chez sa mère et les conduisant ensuite à l’arme. En garde à vue, Jean-Marie reconnaitra les faits. À la barre du tribunal il s’en excuse encore, arguant avoir agit sous l’effet de l’alcool.

Depuis sa mise en détention il ne boit plus, suit des cours. «Une période d’incarcération mise à profit» souligne Me Dedieu en défense. Au parquet, François Hebert parle d’un «inquiétant qui a minimisé ses faits durant sa garde à vue».

Faux lui rétorque la défense, au lieu de demander la présence d’un avocat, il «voulait la présence d’un psychiatre». Pour le vice-procureur, «on n’est pas là pour faire de la fiction. Personne n’a vu le couteau dont il parle».

Les violences volontaires ont été retenues, et François Hebert a requis 24 mois de prison dont 6 mois sursis, SME durant 24 mois, obligation de soins et de rechercher activement emploi ou formation. Le mandat de dépôt a été également requis.

En défense, Me Dedieu a rappelé les intenses périodes de dépression. «Ses compagnons de beuverie étaient ses béquilles. On s’en poindre une certaine marginalisation quant à ces liens» a-t-il poursuivi.

L’avocat s’est attardé «sur le coup de boule porté par M. qui ouvre l’arcade sourcilière de mon client et précipite la suite». Me Dedieu parle «d’un contexte de rumination, d’un enchainement de circonstances» avant de plaider la clémence.

«Au regard de la gravité des faits reprochés», et de ses deux précédentes condamnations pour violences avec arme, le tribunal a été plus loin que les réquisitions du parquet.

Jean-Marie a été condamné à 3 ans de prison dont 18 mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve pendant 3 ans, obligation de soins, interdiction de porter une arme et de fréquenter des débits de boisson. Le mandat de dépôt a été prononcé.

NR | 09/09/2015 - 18:48 | Lu: 10496 fois