Tribunal correctionnel de Foix: 6 femmes sur le banc des prévenus, gang ou pas?

Six femmes à la barre du tribunal correctionnel de Foix ce mardi après-midi, dont trois sœurs et deux belles sœurs.
La sixième (une des sœurs) a quant à elle été incarcérée après avoir enlevé son bracelet électronique. Toutes les 6 sont accusées de vols (ou tentatives) de numéraire ou de chéquiers commis dans des bureaux de tabacs ou de petits supermarchés. Le préjudice est estimé à plus de 55 000 €.
Dix-neuf victimes, mais aucune constitution de partie civile
De 2011 à Bélesta à mars 2013 à Montech, nombre de vols ou tentative de vols ont eu lieu en Ariège, Haute-Garonne, Aude, Tarn, Tarn-et-Garonne, Aveyron, avec à chaque fois le même mode opératoire: plusieurs femmes entrent dans le magasin avec un rôle déterminé.
Une fait le guet, une détourne la vigilance de la personne à la caisse, et une autre file dans la réserve subtiliser les recettes ou les chéquiers.
Des vols ou tentatives de vols commis en réunion, par ruse, ou en état de récidive, des circonstances aggravantes. En cumulant les sommes volées estimées par les 19 plaignants, le préjudice serait d’environ 55.000 €, espèces et chèques confondus.
Après avoir énuméré la longue succession de faits, Isabelle de Combettes, présidente indique que les prévenues sont poursuivies en fonction des éléments recueillis. Après 18 mois d’information, plusieurs personnes ont été identifiées, placées en garde à vue.
Durant leurs auditions ou devant le juge d’instruction, certaines ont changé de version ; quelques-unes ont été incarcérées, toutes sont désormais placées sous contrôle judiciaire.
À la barre du tribunal correctionnel, les cinq prévenues répondent de bon cœur aux questions de la présidente quant à leur participation dans ces faits.
Seulement voilà, certains souvenirs semblent lointains, «ça remonte tellement loin que je ne m’en souviens pas» glisse Claudia sur qui pèse les plus lourdes charges. Suzanne reconnait certains faits, mais ne se souvient plus avec qui les avoir commis.
Éliane, elle conteste tous les faits et présente un certificat médical justifiant qu’elle ne pouvait être là.
Julie (sœur de Claudia et Sylvie emprisonnée) admet avoir participé à un vol à Carcassonne avec sa sœur Claudia, qui elle pense que Julie se trompe…
Pour une tentative de vol dans un bureau de tabac de Mirepoix où sont impliquées Claudia, Julie et Éliane et où a été relevé le numéro d’immatriculation du véhicule du mari de Julie, Claudia a d’abord nié, avant de reconnaitre et enfin de renier.
Julie glisse ne pas se souvenir ; quant à la voiture de son mari, il a pu la prêter. Me Cohen avocat des trois sœurs indique: «elles étaient dans le magasin certes, mais où est le commencement de l’infraction ?»
Et l’avocat toulousain d’enfoncer le clou: «en droit, la ruse s’applique à l’entrée dans un local. Ici, en aucun cas l’entrée ne s’est faite par ruse, les lieux sont publics».
À Lambesc, 5435 € sont volés. Claudia et Julie sont à nouveau sur la sellette.
La seconde avoue, alors que son ainée raconte pince sans rire: «j’étais en vacance avec mon mari. Je suis rentrée dans ce magasin pour acheter des ampoules et j’y ai rencontré ma sœur par hasard».
Un hasard que ne manque pas de relever la présidente. Le 26 mars 2013, une tentative de vol a lieu à Chalabre. Éliane qui ne reconnait toujours rien et les deux Suzanne (elles sont cousines et portent en plus le même patronyme) sont impliquées.
La plus jeune des Suzanne reconnait avoir fait le guet. Sa cousine explique ne pas savoir avec qui elle se trouvait, avant de contester les faits lors de la confrontation. «Prise de panique lors de son audition par le juge d’instruction, elle aurait signé de faux aveux».
En tous les cas, les deux cousines ne connaissent aucun Stéphane L. propriétaire de la voiture, propriétaire, qui porte le même nom qu’elles.
Les prévenues en ont un souvenir évanescent et évolutif
François Hébert «ne sait pas si c’est très malin», mais il soutient «mordicus l’accusation», et souligne «le travail énorme fourni par les enquêteurs et le juge d’instruction.
Un préjudice considérable a eu lieu, même si les prévenues en ont un souvenir évanescent et évolutif, même si leurs versions vont dans le sens de la minimisation devant ce tribunal».
Le vice-procureur a rappelé le vol par ruse. «La ruse consiste à pénétrer en force et d’avoir un rôle prémédité. Le fait de pénétrer, de tenter de distraire, de faire des repérages».
François Hébert est ensuite revenu au « rôle des différentes prévenues » avant de requérir des peines allant d’un an d’emprisonnement (pour Claudia) à trois mois avec sursis, en fonction du nombre de faits reprochés et du casier judiciaire de chacune.
Claudia à qui l’on reproche 12 faits, qui a un casier (5 condamnations pour atteintes aux biens) et dont la récidive est visée, «celle qui est concernée au 1er chef, celle qui se reconnait sur vidéo, mais ne se souvient pas», 12 mois de prison. Julie, sans casier, 10 faits reprochés, 8 mois, dont 4 avec sursis.
Sylvie la dernière sœur, un casier portant 10 mentions, et dont la récidive est visée, 8 mois. Suzanne la plus âgée, belle-sœur de Claudia, impliquée dans 4 faits, 6 mois. L’autre Suzanne concernée par 6 faits, 6 mois.
Pour Éliane mise en cause par certaines prévenues (qui se sont ensuite rétractées) et qui conteste les faits, le vice-procureur a décidé de ne retenir qu’un fait, expliquant: «les vidéos n’ont pas été véritablement claires» ; 3 mois sursis.
Des charges discutables
Pour la défense «les charges sont discutables, des photos extraites de bande de vidéosurveillances parfois de mauvaise qualité, les planches photo jamais sur pied» et l’argent n’a jamais été retrouvé.
«D’ailleurs, lance Me Cohen au tribunal, avez-vous un élément de preuve ? Nous n’avons pas de partie civile, seules des espèces ont été volées : 3000 €, 2000 € ou 500 €, je comprends que les plaignants aient préféré ne pas se présenter ici pour une confrontation physique».
Des propos réitérés par Me Lebonjour avocat d’Éliane. «Nous n’avons pas de confrontations entre auteurs et victimes, et en ce qui concerne ma cliente, pas d’élément matériel au soutien des uns et des autres, pas d’empreinte ADN».
Difficulté des aveux, mais aussi des rétractations, «des gardes à vue où l’on doit faire avouer, des indices non significatifs». Quant aux tentatives de vol, la défense a demandé la relaxe: «comment dire qu’il y a eu tentative alors qu’il n’y a pas eu de commencement d’exécution ?»
Le tribunal correctionnel de Foix a mis son jugement en délibéré au 10 novembre.
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