Madame est bonne. Madame est riche. Madame est belle et généreuse. Serait-ce pour ces raisons que Solange et Claire, ses deux bonnes, décident de la supprimer?
Le 2 février 1933, Christine et Léa Papin assassinent sauvagement et sans aucun mobile apparent leur maîtresse et sa fille.
Une dizaine d’années plus tard, Jean Genet s’inspire de ce fait divers pour en faire l’une des plus célèbres pièces du 20ème siècle.
Jacques Vincey, qui met en scène Les Bonnes, affirme ceci: «elles jouent à un jeu dangereux. La chambre de Madame est une arène: acteurs et spectateurs sont complices d’une mort annoncée, mais la victime ne sera pas celle qu’on attendait»
Aux yeux de Vincey, ces comédiennes sont idéales pour le monde de Genet, lequel «nous maintient aux lisières du vrai et du faux, du trivial et du merveilleux, du rire et de l’effroi.
Pathétiques et grandioses, ses personnages évoquent les grands clowns qui savent faire rire et pleurer dans le même instant.
Rien n’est plus éloigné du réel, conclut-il, que ces figures outrancières, pourtant rien ne nous parle plus de notre humanité la plus secrète»
En s’attaquant aux Bonnes de Genet, chapelle théâtrale la plus jouée dans le monde, avec les trois rôles confiés à Hélène Alexandridis, charnelle Madame de Sade, à l’instinctive Myrto Procopiou et à l’immense actrice qu’est Marilú Marini, c’est un bal d’actrices complices, hors normes, pour dire toute la complexité tragi-comique du chef-d’œuvre de Jean Genet.
Les Bonnes est un concentré virulent des relations entre trois femmes prisonnières de leurs rêves, trois femmes pathétiques et grandioses, meurtries par la réalité et dont la volonté de s’arracher à la prison du quotidien pour atteindre un sublime fantasmé vibre jusque dans leur chair.
Rire et larmes se mêlent dans la poussière d’une terrible arène où, comme au cirque antique, la seule issue ne peut être qu’une danse macabre.
Claire et Solange, les deux soeurs, apparaissent comme damnées, prisonnières d’un état social insupportable et d’une maîtresse autoritaire, mais Les Bonnes n’est pas pour autant une pièce sociale ou militante.
Genet observe comment ces deux femmes, contraintes dans leurs costumes de bonnes – qu’elles recouvrent parfois, sans les ôter, d’une fourrure de Madame – jouent un rôle qui les conduira vers le drame.
On l’avait observé dans le magnifique Madame de Sade de Mishima reçu à l’Estive deux ans auparavant, Jacques Vincey est maître dans l’art de figurer la pesanteur des conditions sociales grâce à un méticuleux travail sur les costumes, grimes, perruques et corsets.
Comme chez Marivaux, les laquais s’amusent à porter les habits de leurs maîtres.
Une des réussites du metteur en scène est de maintenir une tension forte entre les trois personnages: les rapports de domination glissent et chacune s’avère un bourreau en puissance pour l’autre.
La mise en scène de Jacques Vincey met en lumière avec fluidité et intelligence les enjeux de la pièce, les trois interprètes lui donnent un souffle excentrique et tragique.
Trois actrices formidables pour un spectacle intense à la lisière du conte.
Samedi 31 mars à 20h45 à l’Estive de Foix
Bus-théâtre au départ de Mirepoix, Mas d’Azil, Betchat-Mercenac et Le Carla Bayle.
Renseignements et réservations au 05.61.05.05.55 / www.lestive.com.
Source: l'Estive, Scène Nationale de Foix et de l'Ariège
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