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Langues anciennes: le Latin et le Grec font de la Resistance
24/11/2011 | 20:54
© MidiNews 2011

Dans le cour de latin de Guillemette Garcia au lycée Gabriel Fauré à Foix, l’heure est à un exposé sur les comètes. Les élèves présents dans la classe sont en Terminale. Ils ont pris l’option Latin au BAC.

Rétroprojection et débat sur la manipulation des foules à l’appui, on est bien loin de l’image poussiéreuse qui colle souvent à la peau des langues anciennes.

Pourtant, la culture et la civilisation ont fait depuis plusieurs années déjà leur entrée dans les manuels scolaires; d’ailleurs, le nom de l’option est sans équivoque: «Langues et Cultures de l’Antiquité»

N’allez donc pas parler à Guillemette Garcia de langues «mortes» ! Que ce soit Sénèque, Socrate, ou Homère, les auteurs de l’antiquité ont beaucoup de choses à dire sur notre époque moderne, «en Terminale, on traite de grandes interrogations politiques et philosophiques»

De quoi construire une solide culture générale «en brassant l’Histoire des idées, la connaissance des grands auteurs, la philosophie. Ce qui nous amène souvent à débattre du monde d’aujourd’hui»

Même enthousiasme au collège Lakanal, où la professeur de Lettres Classiques Nancy Maury-Lascoux mène depuis des années une bataille contre une image «élitiste», «depuis les années 70, ça a bien changé. Même si certaines représentations persistent»

Quelques chiffres...

En France, 18,9% de collégiens étudient encore le Latin, contre 4,8% au lycée.

Depuis vingt ans, l’érosion n’est pas vertigineuse, mais elle est continue: les élèves de cinquième étaient 26% à commencer l’étude du Latin il y a quinze ans.

Il ne sont plus que 21% aujourd’hui.

En 1999, il y avait 6,4% des élèves qui étudiaient le Latin au lycée et 21,9% au collège.

Le Grec pour sa part concerne 2% des élèves du collège aujourd’hui et 1,1% au lycée.

Et puis au delà des stéréotypes, il y a cette question qui revient souvent: «à quoi ça sert ?!» A l’heure de la mondialisation, de l’Anglais et du Chinois tout azimut, pourquoi se plonger dans l’étude du Grec ou du Latin?

«C’est une formation intellectuelle fondamentale» affirme sans détour Guillemette Garcia.

L’exercice de la traduction fait écho à notre propre langue dans un aller-retour permanent, «c’est comme un puzzle. On est un peu comme des détectives avec une énigme à déchiffrer !»

Même si sur le moment, «les élèves ne sont pas forcément conscients des choses qu’ils mettent en jeu»

«Cela enrichit leur connaissance de l’antiquité. Des sociétés qui à la fois nous ressemblent et qui sont très différentes de nous. C’est être confronté à l’altérité et la ressemblance à la fois» précise aussi Nancy Maury-Lascoux.

Les effectifs? «C’est assez fluctuant, répond l’enseignante côté lycée, par exemple en seconde en Grec, j’avais 5 élèves l’an dernier. J’en ai 16 aujourd’hui. Au lycée, il y a assez peu d’abandon, ceux qui prennent l’option la gardent»

Au collège Lakanal (le plus important du département), il y a 75 élèves latinistes cette année en 5ème et 4 enseignants en Lettres classiques au total.

Mais les effectifs chutent ensuite car le Latin est concurrencé par de nombreuses autres options (l’option européenne, le sport, l’Occitan, etc.).

Cette année, ils ne sont plus que 47 en 4ème et 10 en 3ème.

«Mais l’effectif de 3ème est exceptionnellement bas et n’est pas très représentatif» relativise tout de même Maryline Hadjakis (elle aussi professeur de Lettres classiques au collège Lakanal).

Mais au delà de la situation d’un établissement, ou même d’un département, dans un contexte de restriction budgétaire, on ne peut pas dire que les langues anciennes aient vraiment le vent en poupe.

Dans la constitution des emplois du temps, c’est souvent la dernière roue du carrosse. Et dans certains établissements, ces options sont carrément supprimées.

Et dans un monde où tout s’accélère, ou l’on demande une utilité et une efficacité à toute chose, l’enseignement du Grec et du Latin qui, au contraire, nécessite du temps et de la réflexion, font figures de Résistants.

Au collège Lakanal, Nancy Maury-Lascoux et Maryline Hadjakis en sont bien conscientes. Pour cette dernière, «on est dans la formation globale de l’individu. Donc c’est sûr que ça n’a pas d’efficacité immédiate»

«C’est peut-être même ça qui fera la force de ces langues à l’avenir» conclut, optimiste, Nancy Maury-Lascoux. Car le point fort principal du Latin et du Grec sera sans doute la passion et la détermination de ceux qui les enseignent.

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auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 24/11/2011 | 20:54 | Lu: 8961 fois