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Ces Médecins étrangers qui font faux bond aux communes rurales
05/12/2011 | 20:05
© MidiNews 2011
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En Ariège, le scénario avait déjà eu lieu à Bélesta et vient de se reproduire à Saurat: un médecin venu de Roumanie s’installe, après le départ du généraliste du village.

Attendu comme le messie par la commune qui veut à tout prix maintenir ce service à la population, on le forme, l’installe, lui apprend le Français. Bref, on l’accueille à bras ouverts.

La suite est moins idyllique puisque dans les deux cas, les médecins en question sont partis après quelques mois d’exercice, laissant tout le monde «en plan» et très en colère.

Face à la pénurie de médecins, de plus en plus de communes rurales recrutent des médecins ayant obtenu leur diplôme à l’étranger.

Dans le département, les chiffres sont particulièrement parlants: en 2010, les médecins généralistes installés dans le département de l’Ariège ont tous obtenu leur diplôme dans un pays étranger (surtout en Roumanie).*

Sur Midi-Pyrénées, 1 médecin sur 5 nouvellement inscrits a obtenu son diplôme à l’étranger (38% viennent de Roumanie, 14% de Belgique).

Et en parallèle de ce phénomène, de nombreuses agences de recrutement de médecins à diplôme européen ont vu le jour et proposent leurs services.

Sylvain Blondin travaille depuis 15 ans dans ce secteur. Et c’est lui qui avait recruté le médecin roumain mis en question à Saurat qui lui a laissé un goût amer, «le médecin et la mairie nous ont laissés une ardoise respectivement de 15 000€ et 8000€»

Celui-ci affirme avoir prévenu la mairie du manque de fiabilité de la personne en question (ce dernier n’a pas souhaité répondre à nos questions).

Pour lui, les médecins étrangers (roumains particulièrement) qui font faux bond sont un véritable problème, «on en a de plus en plus qui font ça et partent au bout d’un an. C’est devenu un sport national d’écumer les avantages offerts par les communes»

Et selon lui, de plus en plus de recruteurs peu scrupuleux profitent du filon.

Il souligne même l’existence de «réseaux de recruteurs roumains», qui incitent des praticiens de leurs pays d’origine à venir en France.

Mais une fois sur place, l’exercice de la médecine dans un pays différent et en territoire rural est une autre paire de manche, «80% de ces praticiens des professions libérales sont en situation d’échec»

Alors pourquoi la Roumanie? Francophones et francophiles, il est plus facile de faire venir des médecins roumains que bulgares, polonais, ou tchèques.

D’autre part, les médecins roumains gagnent entre 250 et 400 euros par mois. La France fait donc figure d’Eldorado.

Mais d’après les instances départementales de l’ordre des médecins, le problème est ailleurs.

Pour Catherine Guintoli (secrétaire générale de l’ordre en Ariège), le médecin pourrait être français, chinois, russe ou roumain, là n’est pas le problème.

Le fait est que dans un village comme Saurat par exemple (592 habitants), «un médecin ne travaille pas assez pour que son activité soit rentable. Dans certaines communes, il n’y a tout simplement plus assez de monde»

La solution à l’avenir est donc «au regroupement dans des cabinets. Il faut travailler ensemble»

«Il faut entre 1200 et 1500 patients pour qu’une activité soit viable» explique aussi Sylvain Blondin, qui dans la même logique, admet refuser de recruter un médecin pour certaines communes «si c’est pour mettre un praticien en difficulté, ça n’a pas de sens»

L’Ariège recense aujourd’hui 43% de médecins diplômés hors de France, qui sont seulement 11% en Haute-Garonne ou au contraire 57% en Aveyron.

*Source: Atlas de la démographie médicale par région de l’ordre des médecins

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 05/12/2011 | 20:05 | Lu: 29915 fois