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Violences intrafamiliales: un phénomène qui prend de l'ampleur en Ariège
20/02/2012 | 14:43
Crédit photo: V. Kuryan

En 2011, les deux-tiers des affaires de coups et blessures volontaires (CBV) sont imputables à des violences intrafamiliales.

Des cas en augmentation, selon le bilan de la délinquance présenté par la préfecture, mercredi dernier.

«L’augmentation est exponentielle depuis 5-6 ans» explique Michel Pagès, directeur départemental de la sécurité publique.

L’année dernière, sur 198 plaintes pour violences non-crapuleuses enregistrées par ses services, «plus de la moitié sont des violences intrafamiliales» précise-t-il.

Sous l’appellation «violences intrafamiliales», il faut plutôt comprendre «violences conjugales»

«Les affaires concernent, dans leur écrasante majorité, des violences commises au sein du couple» selon Michel Pagès.

Un constat partagé par Nicole Surre, chargée de mission pour les Droits des Femmes et l’Egalité à la DDCSPP de l'Ariège: «dans près de 90% des cas, les violences intrafamiliales impliquent des couples»

«La police est bloquée au stade la prise en compte de la plainte, on ne peut pas intervenir au sein des familles» déplore le directeur de la sécurité publique avant d’ajouter: «c’est avant tout un phénomène social, avec dans de nombreux cas, un problème d’alcoolisme en toile de fond»

Ces affaires impliquant la sphère familiale sont donc très sensibles à traiter. Leur issue se situe au-delà de la simple intervention des forces de l’ordre.

Associations de prise en charge des victimes de violences intrafamiliales en Ariège:

-ASJOA, Service de médiation familiale de l’Ariège, à Foix: http://mediation-familiale-ariege.org ou 05 34 14 00 52

-CIDFF, Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles, à Foix, Pamiers ou Lavelanet: http://www.infofemmes-mp.org

-CIDFF-Ariege- ou 05 61 02 81 77
-Association Hérisson Bellor (centre d’hébergement) à Pamiers au 05 34 01 32 50

-APEA, Association des Psychologues en Ariège au 05 61 68 14 58

-Unité d'Accueil des victimes de violences (CHIVA) à Pamiers au 05 61 60 90 15

«Lorsque que l’on enregistre une plainte, la victime remplit systématiquement une fiche de renseignements qui sera envoyée à deux associations départementales: le CIDFF et l’ASJOA» déclare-t-il.

Le CIDFF (Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles) et l’ASJOA (Service de médiation familiale de l’Ariège) contactent ensuite les victimes pour leur proposer une prise en charge médicale, psychologique, et juridique.

Elles peuvent aussi s'adresser à l'Unité d'accueil des victimes de violences à Pamiers. 

«Les victimes veulent avant tout savoir comment elles peuvent se mettre à l’abri» explique Mme Sabatté, juriste au CIDFF. Le centre se charge alors de trouver des places en centre d’hébergement.

Après des demandes d’information sur le dépôt de plainte et leur suivi, elles veulent connaître «les moyens dont elles disposent pour être protégées de leurs agresseurs par la justice»

Pour le CIDFF, les augmentations ne sont pas significatives: «le nombre de victimes de violences conjugales accueillies par nos services est stable en 2011, c’est le nombre de plaintes déposées qui a augmenté» précise Mme Sabatté.

L’an passé, le CIDFF a accueilli entre 100 et 110 victimes. La juriste pointe cependant du doigt une tendance: «de plus en plus, on constate des violences d’ordre économique qui impliquent des vols de chéquiers, des pressions pour obtenir de l’argent ou des comptes bancaires vidés» raconte la juriste.

«Les violences sont à 84% psychologiques, à 75% physiques et à 5% sexuelles» selon les chiffres recueillis par Nicole Surre, auprès des différentes structures d’accueil ariégeoises.

«La violence psychologique précède puis accompagne la violence physique» explique-t-elle. Ce mécanisme permet à l’auteur de «contrôler et dominer»

«C’est un phénomène d’emprise, à dessein» dénonce-t-elle. Cette emprise psychologique devient aussi une barrière, qui entrave souvent la volonté de la victime à faire appel à la justice.

Nicole Surre affirme que «les victimes sont prises dans un engrenage»; Police, associations, services sociaux sont unanimes. Tous rapportent que les victimes de violences intrafamiliales évoluent «dans un climat de tension et de peur» où fusent insultes et menaces de mort.

Toutes les classes d’âges, tous les milieux sociaux mais «une violence de genre» selon Nicole Surre. En 2011, sur 279 victimes recensées par le service départemental du droit des femmes et de l’égalité, seulement 7 sont des hommes.

Dans leur majorité, les femmes victimes de violences conjugales sont âgées de 26 à 46 ans (60%) et ont des enfants (76%).

Pour faire face à l’inquiétante augmentation des ces violences, la préfecture de l’Ariège a prévu une série de mesures de prévention dans son «plan d’action 2012»

En première ligne, les structures d’aide aux victimes ont bel et bien besoin d’aide. Selon Mme Sabatté, du CIDFF, «il faut développer la formation des professionnels et s’impliquer aussi en milieu scolaire»

La question du financement est aussi cruciale: «des projets, nous en avons mais il faut pouvoir les financer pour les mener à bien»

Elle note aussi que «le manque cruel» de places d’hébergement d’urgence doit être résolu.

Campagnes nationales de sensibilisation, médiatisation et formations à la prise en charge des victimes dispensées aux travailleurs sociaux et aux forces de l’ordre ont contribué à lever le tabou des violences intrafamiliales.

«Les victimes sont un peu déculpabilisées, elles osent plus en parler et surtout plus vite» souligne Nicole Surre.

Et cette tendance se vérifie dans les chiffres 2011: «près de 40% des victimes qui se sont déclarées dans l’Ariège subissaient des violences depuis moins d’un an»; un pourcentage en hausse depuis quelques années.

Malgré tout, les violences perdurent. Au niveau national, une femme décède tous les deux jours, victime de violences conjugales.

En Ariège, trois femmes sont mortes en 2009. Aujourd’hui, le département se situe globalement sur les mêmes tendances qu’au niveau national.


Violences intrafamiliales 2011, en chiffres

82 faits enregistrés de violences conjugales, par dépôts de plainte, selon la direction de la sécurité publique de l’Ariège

279 victimes déclarées auprès des différents services d’aides aux victimes

82% des auteurs des violences sont les actuels conjoints ou concubins, 18% sont des ex-conjoints ou ex-concubins

272 femmes victimes contre 7 hommes

45% des victimes ont déposé plainte auprès des forces de l’ordre

44% des violences constatées ont fait l’objet d’un certificat médical

60% des victimes sont âgées de 26 à 46 ans, 13% de 18 à 25 ans, 7% de 46 à 55 ans, 20 % ont plus de 55 ans

76% des victimes ont des enfants et 35% ont déclaré avoir un emploi

40% des victimes subissaient des violences depuis moins d’un an, 37% depuis 1 à 5 ans, 15 % depuis 5 à 10 ans, 6,4% depuis plus de 10 ans

Source: Service pour le Droit des Femmes et l’Egalité, DDCSPP
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auteur: CL | publié le: 20/02/2012 | 14:43 | Lu: 9004 fois