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Harcèlement sexuel: un témoignage pour briser le mur du silence
08/03/2012 | 20:53
Crédit photo: Martinan

Malgré le temps qui passe, il y a certaines cicatrices qui ne se referment jamais totalement.

Les faits datent déjà d’un an. Mais lorsque Magalie (le prénom a été modifié) raconte cette histoire, la boule dans la gorge n’a pas totalement disparu.

«C’est une des premières fois où j’arrive à en parler sans pleurer» dit-elle après avoir déroulé le fil des évènements depuis le début.

C’est en formation pour devenir «agent polyvalent de restauration collective» (dans une des principales structures de formation du département de l'Ariège) que Magali croise la route d’un formateur cuisinier, qui lui fera vivre à elle (ainsi qu’à d’autres femmes présentes dans cette même formation) un véritable enfer.

«Il touchait les filles» raconte la jeune femme, «il les mettait sur ses genoux, sur son sexe. Il y avait tous le temps deux ou trois filles sur lui à la fin des repas»

Dans ces moments, certaines femmes ne disent pas non. Des hommes, qui assistent à ces scènes, n’interviennent pas.

Quant à celles qui n’acceptent pas ces traitements, le formateur ne fait pas dans la dentelle.

«Les pintades», les «putes», ou bien «bande de pétasses», c’est ainsi qu’il apostrophe les femmes au quotidien, «il se permettait tout, même d’uriner devant nous»

Sur plusieurs filles, le formateur complètement obsédé a évidemment les mains baladeuses.

Sans se priver de menaces ou même de chantage, «un jour il a pris une femme à part dans la cuisine. Et elle lui a dit non. Alors il lui a dit qu’elle n’aurait pas droit à ce travail dont il lui avait parlé...»

Dans les témoignages de plusieurs victimes que nous nous sommes procurés, on retrouve un florilège de phrases édifiantes, «t’as un beau p’tit cul», «avec la paire de nichons que t’as, t’as pas encore chopé ?» ou encore «t’inquiètes pas, je vais t’en trouver une paire de couilles»

Quand certaines femmes commencent à réagir, «on m’a répondu qu’il ne fallait pas chercher d’embrouilles, qu’on cherchait les ennuis. Certains nous ont expliqué que c’était juste l’instinct masculin»

Des arguments vieux comme le monde... il n’empêche qu’au fil des jours, les évènements ont un effet dévastateur sur les victimes.

Magalie, jeune, jolie, pétillante se rappelle, «j’ai beaucoup souffert. Je n’arrivais plus à dormir. Je pleurais tout le temps. On était dans un stress permanent»

Sans parler de la honte ressentie, «je croyais que quelque part, c’était ma faute, que c’était moi qui lui avait permis d’aller si loin...»

Aujourd’hui, Magalie repense à cela comme à un «mauvais film», qu’elle raconte aux femmes qu’elle croise dès qu’elle le peut, «j’en parlerai aussi à mes filles quand elles seront en âge de comprendre»

Elle a aussi choisi de nous raconter son histoire. Pas parce que c’est la journée internationale de la femme.

Mais juste pour «que celles à qui ça arrive sachent qu’elles ont des droits, qu’il faut se battre, ne pas se laisser faire.

Il ne faut jamais laisser un homme se sentir supérieur à une femme
»

Aujourd’hui, le formateur en question a quitté la structure ariégeoise grâce aux témoignages concordants que 6 femmes au moins ont apporté. Celles-ci n’ont néanmoins pas porté plainte.

Une enquête de police a bien eu lieu. Quant à savoir si l’auteur des actes a été poursuivi en justice ou pas, le parquet de Foix ne veut pour le moment rien en dire.

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auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 08/03/2012 | 20:53 | Lu: 16670 fois