18 mars 1962-18 mars 2012, à quelques jours de l’anniversaire des «Accords d’Evian», l’on reparle de la guerre d’Algérie (nov. 1954-mars 1962), huit années de conflit qui ont changé le visage de la France et de l’Algérie.
Huit ans d’une violence inouïe avec ses milliers de morts de part et d’autre, plus d’un million de paysans déplacés et un million de pieds noirs déracinés. Parmi eux beaucoup se sont retrouvés dès l’été 62 en Ariège qui compte encore aujourd’hui une forte communauté.
Nous avons rencontré ces anciens expatriés d’Algérie qui ont refait leur vie au pied des Pyrénées.
Jeanine Béraguaz avait 30 ans et deux enfants quand avec sa famille les évènements les poussent à quitter Sidi Bel Abbes.
Et encore aujourd’hui quand elle entend parler des «Accords d’Evian» son sang ne fait qu’un tour: «ça a été traité à haut niveau avec les politiques, le peuple n’a pas été concerté, on s’est senti exclu, manipulé»
Son époux était entrepreneur, elle mère au foyer (deux enfants nés en 55 et 56), quand elle parle des «évènements» elle ajoute: «cela ne concerne que huit ans de ma vie, c’est bien peu au regard de toute une vie […]
Nos aïeux avaient fait le choix d’acheter une concession dans ce département français, de faire prospérer cette terre qui était devenue la nôtre […]
A notre arrivée en France l’été 62, on n’a pas eu le temps de se lamenter, il a fallu vite redémarrer quelque chose, ma fille est arrivée en 63, mon mari est devenu agriculteur pendant 15 ans avec toutes les incertitudes que cela comporte.
Si bien qu’après être passés de l’élevage de bovins à celui de porcs, puis aux céréales, nous sommes revenus sur Pamiers, prendre un commerce.
Lui tenait la station Elf à Loumet et moi un commerce de Prêt à porter. Après quelques problèmes de santé il a fini assureur avant la retraite»
Jeanine Béraguaz se souvient des évènements, déjà jeune fiancée on parlait de troubles dans les Aurès, mais c’est véritablement dans les années 56 avec des attentats en ville, l’enlèvement de proches (un cousin trouvé enterré vivant) qu’elle a touché du doigt la réalité.
«A l’époque il n’y avait pas la télé, ni les médias d’aujourd’hui, je sais aujourd’hui qu’il y a eu des horreurs mais je ne savais pas à l’époque que c’était de cet ordre là»
Il aura fallu vraiment que le climat d’insécurité touche à son paroxysme pour que la famille Béraguaz se décide à partir en juin 62: «c’était la panique en ville, il y avait de longues attentes à l’aéroport où chaque famille avait un numéro, on lui distribuait un carré, avec un lit de camp pour les personnes âgées, les autres dormaient sur le sol […]
Quel soulagement une fois dans l’avion, on laissait tout derrière nous mais on n’avait plus la menace d’être arrêté ou pris dans un attentat […]
La France était notre terre d’accueil nous avions de la famille à Pamiers nous sommes venus en Ariège»
Quant à la politique: «De Gaulle nous a menti en 1962, on avait confiance en lui et on ne voulait pas y croire car l’Algérie c’est nous qui l’avons faite»
Jeanine n’a pas souhaité retourner en Algérie, son époux l’a fait en 1986 accompagné par sa fille: «c’était un grand moment d’émotion, il est revenu dans le quartier du Mamelon, où nous habitions et il a été accueilli chaleureusement […]
Je veux garder le souvenir que j’ai eu là-bas, une vie heureuse, je ne regrette rien, il ne faut pas ressasser le passé, c’est avec les souvenirs qu’on embellit les choses»
Paul Suanez est originaire d’Oran comme son père, son grand-père et son arrière grand-père.
Ainé d’une fratrie de 5 enfants, Paul avait 17 ans et le port d’Oran était en feu le 3 juillet 1962 quand il a dû partir avec sa famille.
Il se souvient: «Oran n’a été touché que tardivement. C’est à partir de 1957 que les attentats sont devenus plus nombreux, on n’allait plus au cinéma, il y avait le couvre feu»
Puis il y eut le putsch des généraux en 61 qui a failli renverser la République.
L’armée a pris le pouvoir et à cette époque 90% des Oranais adhèrent à l’OAS (Organisation armée secrète): «c’était terrible il y avait des dizaines de morts, à ce moment les deux communautés qui avaient jusqu’à présent tout partagé (on allait à l’école ensemble, on avait des amis musulmans), ont commencé à se séparer […]
Mes aïeux sont arrivés en 1875 en Algérie, ils ont fait la guerre de 70, celle de 14-18 puis mon père celle de 39-45, on était des Français à part entière, notre drapeau c’était le bleu, blanc, rouge et notre terre l’Algérie Française.
Si bien que sur la jetée du port d’Oran on pouvait lire en grandes lettres blanches: ici la France […]
Il ne faut pas être amnésique, dans les évènements d’Algérie, la gauche a sa part de responsabilités, à l’époque au début de la guerre c’est la SFIO qui est au pouvoir, Guy Mollet qui déplace des milliers de paysans dans des camps de réfugiés, nomme le général Catroux puis le révoque pour y placer Robert Lacoste comme ministre résident.
Le général De Gaulle n’est arrivé qu’en 58, les Français lui ont donné les pleins pouvoirs mais la guerre avait déjà commencée depuis 4 ans»
Quant à son départ, il se rappelle: «depuis le 18 mars 62, beaucoup d’appelés du contingent avaient déjà quitté l’Algérie […] ma mère a décidé de partir le 29 juin 1962, nous avions des vêtements d’été, on pensait revenir.
Il a fallu attendre 4 jours à l’aéroport pour prendre un avion. On a été dispersé: ma grand-mère maternelle à Bruxelles, maman et mes frères et sœurs à Bordeaux, d’autres familles à Marseille […]
On a mis du temps à se retrouver, heureusement nous avions de la famille à Toulouse et mon père était fonctionnaire des douanes, il a pu faire venir les meubles et on lui a rapidement proposé une affectation»
C’est en Ariège que la famille décide de s’installer: «le 3 septembre 1962 le maire socialiste Paul Joucla, très humaniste, nous accueille avec plusieurs dizaines de familles à Tarascon»
Paul Suanez évoque la solidarité entre pieds noirs, il y a des communautés à Lavelanet, Pamiers, Foix ou Saint-Girons.
Certes les premières années les temps ne sont pas à la fête mais à la reconstruction: «même au sein des familles on a mis du temps à parler des évènements ou de la guerre d’Algérie, il s’est ensuite monté des associations de rapatriés»
Cinquante ans après, bien que Paul ait toujours un petit pincement au cœur quand il évoque Oran, il n’est toujours pas revenu dans sa «seconde patrie»
Mais il est toujours fier de montrer sa carte d’identité: «je suis né dans le 92, non pas dans la région parisienne mais Oran était à l’époque un département français d’Algérie !»
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