Crise agricole: les éleveurs ariégeois n'ont pas dit leur dernier mot

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Il y a un mois à peine les éleveurs ariégeois bloquaient les ronds points, déversaient du fumier devant les grandes surfaces et manifestaient leur désarroi face à une situation devenue intenable: baisse des revenus, augmentation des charges, pression fiscale, concurrence déloyale, travail à perte… il est de plus en plus difficile de vivre de ce métier.

Aujourd’hui si les 600 millions d’euros du plan d’urgence ont été débloqués, la grogne ne faiblit pas et il en faut peu pour que les actions reprennent de plus belle.

Surtout que la sécheresse enregistrée cet été va fortement impacter la filière de l’élevage et envenimer une situation déjà tendue.  

Nous sommes allés à la rencontre d’un de ces professionnels.

Il y a quelques semaines à peine Arnaud a bloqué la RN20, il a participé aux opérations menées dans les grandes surfaces locales, mais il a également rencontré les responsables de la grande distribution, les autorités de l’Etat pour témoigner de la situation de la profession aux abois et essayer de trouver des solutions.

Aujourd’hui il attend toujours un geste des politiques qui n’ont toujours daigné se manifester… Même s’il reconnait que certaines de ces initiatives ont porté leurs fruits, notamment auprès de la grande distribution ou d’une écoute particulièrement attentive de la préfète de l’Ariège, il reste réservé sur l’avenir.
Un métier passion qui ne permet plus de nourrir sa famille
Malgré son CAP d’ébéniste, Arnaud a toujours voulu être agriculteur. Il a l’opportunité de s’installer en 1998 à Axiat (commune de Miglos) où il mène avec son épouse Nathalie un élevage de 60 vaches et 300 brebis qui transhument en montagne.

Mais pour s’en sortir, ils ont été obligés il y a quatre ans d’ouvrir un atelier de maraichage. Une activité à plein temps pour Nathalie qui propose des paniers en vente directe et répond aux commandes de quelques fournisseurs.

«Ici en haute-Ariège la terre est bonne, mais nous ne sommes pas à l’abri des orages de grêle. Nous travaillons le plus naturel possible pour préserver l’environnement et la qualité de nos produits.

Oui cette activité tout comme le miel que nous produisons, permettent de mettre un peu de beurre dans les épinards
» avoue Nathalie en train d’arracher des betteraves rouges.

Le métier a bien changé et Arnaud a été témoin de cette évolution depuis près de vingt ans. «Aujourd’hui si nous avons un chiffre d’affaires de 100 000 euros, nous avons aussi 25 000 euros d’échéances d’emprunts auxquels il faut ajouter les frais et les charges: Mutualité Agricole, Chambre d’Agriculture, CER, impôts… tout augmente.

Et jusqu’à présent personne n’a encore pensé à faire baisser les charges !
» poursuit l’éleveur qui regrette de ne pouvoir payer rubis sur l’ongle le carburant, les frais de vétérinaire ou la coopérative «ils nous servent de banque pendant plusieurs mois, mais jusqu’à quand cela pourra durer ?»
Un plan au rabais
Les 600 millions d’euros annonces par le ministre Le Foll n’a pas convaincu la profession.

À force de ne pas être écoutés, à force de ne pas être entendus, certains éleveurs en viennent à imaginer des actions qui permettront de mettre le projecteur sur leurs problèmes.

«Ces actions nous ont permis peut-être de faire passer le message auprès du grand public... les professionnels se sont réunis pour trouver une solution et c’est toujours positif de se retrouver tous autour de la table pour évoquer du concret.

La Mutualité Agricole a débloqué 36 000 euros soit 10 % sur 600 exploitations, c’est se moquer du monde!

Et si l’on nous propose un report sur 2016, c’est reculer pour mieux sauter, on replonge dans quelques mois
».
Des initiatives positives
Cependant notre éleveur enregistre quelques avancées notamment du côté de la préfecture: «la préfète a compris le désarroi des éleveurs ariégeois, elle nous a proposé de remplir un questionnaire sur l’endettement de nos exploitations permettant de travailler sur du concret.

Mais si certains on vivement condamnés nos actions en direction de la grande distribution, nous avons trouvé auprès de Gilles Briand, directeur de l’Inter-Marché de Pamiers une réelle écoute.

C’est à son initiative qu’une réunion a été organisée avec les grandes enseignes notamment pour avoir des prix planchers sur nos produits et en augmenter les quantités. Il a été décidé de mettre en valeur le broutard ariégeois, le veau rosé (un mètre de rayon par magasin) sous réserve de le faire prédécouper en barquette.

Nous avons trouvé à l’abattoir de Pamiers la solution... tous se sont engagés à travailler et à discuter en amont... tous sauf les discounters et comme ils ne jouent pas le jeu, on est tenté comme mercredi dernier de leur faire une piqure de rappel
».

Arnaud fait ici allusion aux 40 tonnes de fumier déversées devant le Lidl de Foix.
Les politiques, les grands absents du débat
Apparemment les politiques ariégeois n’ont pas été sensibles au désarroi des éleveurs. «Ils se sont faits plus que discrets, poursuit Arnaud. Nous attendons beaucoup d’eux». Le message est lancé.

En attendant le retour des bêtes des estives, fin septembre, l’agriculteur d’Axiat n’a pas le temps de s’ennuyer entre la fenaison, l’entretien des parcelles, le maraichage et tous les travaux sur les bâtiments.

Mais il sera présent le 7 septembre pour la grande manifestation impulsée au niveau national qui se déclinera localement et dont l’onde de choc est attendue jusqu’à Bruxelles… une rentrée sous hauts risques pour le gouvernement.

Laurence Cabrol | 19/08/2015 - 18:32 | Lu: 23751 fois