Fertilisation des terres avec du «charbon vert»: début d'expérimentation en Ariège
17/04/2012 | 19:26
© MidiNews 2012

Sur une partie de parcelle, le maïs poussera avec de la terre complétée par du «charbon vert»
Juste à côté, le champ a été semé selon les pratiques classiques en agriculture biologique.
Et puis, il n’y a plus qu’à attendre...

Cette expérimentation, réalisée en Ariège sur la commune de Ségura et visant à utiliser du «biochar» (ou «charbon vert») pour fertiliser les terres, n’a en fait rien de nouveau.


Certains civilisations précolombiennes utilisaient déjà cette technique pour enrichir les sols.

Mais en France, elle a été quelque peu oubliée et aujourd’hui, certains ingénieurs plaident en faveur d’un retour en force de cette pratique.

C’est le cas de Guy Reinaud (président de l’association Pro-Natura international) qui l’utilise en Afrique et en Amérique du sud.

Alors pourquoi pas en Ariège? Pour son association, le biochar constitue même la «troisième révolution verte»

Mais de quoi s’agit-il? Le biochar est un charbon d’origine végétale obtenu par un processus (appelé «pyrolyse») qui implique de chauffer la matière organique sans oxygène.
Ce charbon peut être obtenu grâce à des déchets de bois ou des résidus agricoles.

A l’origine de cette expérience ariégeoise, on retrouve Heiko Fischer, un artisan concepteur en train de développer un concept de plateforme de production d’énergies alternatives.

Et ce fameux charbon vert pourrait être issu de sa future centrale à pyrolyse et de la combustion de déchets de biomasse.

«On verra bien ce que ça va donner !» lance, curieux, Daniel Donjat, l’agriculteur en agriculture biologique concerné par l’expérience.

Le charbon que l’on a épandu sur son champ provient d’une entreprise basée à Saverdun.

Pour produire ses 3 tonnes de charbon par jour, la société n’utilise que des déchets industriels (le bois n’est donc pas issu de la déforestation).

Son gérant, Ariès Valéro, regrette qu’en France le charbon ne serve que pour faire des grillades, «il y a de multiples autres usages... je me souviens que mon grand-père avait mis du charbon dans la terre et avait obtenu des carottes énormes !»

En France, le biochar «n’est pas interdit, mais pas légalement autorisé non plus par principe de précaution» précise Guy Reinaud qui pointe du doigt une «omerta»

L’ingénieur est intarissable sur les bienfaits de cette pratique, «cela permet d’augmenter de façon spectaculaire la productivité du sol.

Ce n’est pas un engrais. Cela a un effet physique: les morceaux de charbon restent dans le sol et créent un habitat pour la micro-faune et la micro-flore.

Des champignons ou des bactéries se développent dans les trous du charbon. C’est donc un accélérateur du métabolisme du sol.

C’est aussi un rétenteur d’eau. Quand la terre est sèche, les racines restent alimentées en humidité
»

Beaucoup insistent aussi sur l’intérêt du biochar en matière de réchauffement climatique, dans le sens où il permet une fixation dans les sols du carbone produit par la biomasse végétale.

Guy Reinaud affirme qu’«en agriculture biologique, on a des rendements supérieurs à l’agriculture productiviste en utilisant cette technique là»

Pourtant, le milieu scientifique n’est pas encore unanime sur le sujet. Et la commission européenne continue d’évoquer le principe de précaution quant à l’application du biochar à grande échelle.

Sur la petite parcelle de Ségura, l’expérimentation en Ariège a en tout cas démarré.

L’expérience permettra de comparer les process de culture, de fertilisation, d’arrosage et d’entretien des parcelles, pour enregistrer les données de croissance et de rentabilité des cultures.

Affaire à suivre.

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 17/04/2012 | 19:26 | Lu: 13575 fois